Syrie, 2012
Tôt dimanche matin. La boite de Mellita de la belle-mère est vide comme la nôtre, fuck, j'attends neuf heures que l'épicerie ouvre pour aller chercher du café et vérifier le 6/49 que j'ai pris avec ma collègue Janique qui partait en vacances vendredi : " Tu sais ce qui me ferait chier des cathédrales de tacks Jannou ? Être pris à attendre deux semaines que tu reviennes des Îles de la Madelaine avec un billet de 6/49 gagnant dans les poches. " À quoi elle m'a rétorqué toute coquine que c'était une bonne idée.
Balcon d'en arrière. Il vente et il y a de l'orage ou de la pluie dans l'air, j'en profite avant que ça tombe. Un More Than They Could Chew de Rob Roberge que j'achève, un paquet de Pall Mall bleu avec une photo de l'oeil d'Alex dans Clockwork Orange dessus en guise de propagande antitabac et une grosse tasse à café de Toy Story vide pour l'effet placebo.
Le crâne m'en arrache moins ce matin. Je ne sais pas ce que j'avais hier, mais je me suis réveillé avec un genre de crampe dans l'hamster qui m'élançait que le cibole. Aucune idée de ce que c'était et ça m'a pris quatre grosses Tylénolles avant d'avoir l'impression que ça diminuait. J'en ai glissé un petit mot à ma blonde avant de partir pour les courses et en rigolant je lui ai rappelé que c'était possible qu'un beau matin elle me retrouve raide et froid à côté d'elle. Humour, bien entendu, qu'elle a pas apprécié.
— Anyways, je suis pas encore mort, autant profiter de la belle journée de soleil que la vie nous offre, allons-y !
Ma blonde n'aime pas que je déconne avec ça, mais je préfère ne pas jouer à l'autruche, c'est du domaine du possible avec toutes les conneries que j'ai ingurgité. Ce serait méga moche que ça m'arrive dans mon sommeil parce que j'aimerais bien avoir les yeux ouverts et la chance de donner un dernier kick quand la cloche cessera de sonner, mais c'est comme avec plein d'affaires, on ne contrôle pas tout, on fait avec. La vie est courte autant en profiter pendant qu'on y est, et ça, se le rappeler de temps en temps ramène sur terre et redonne assez vite toute son importance aux petites choses qu'on oublie souvent et qui constituent l'essentiel de la beauté de la vie.
Bref, bermudas, gougounes, Ray Ban, t-shirt FCUK, gros soleil et femme de ma vie, on est parti faire les courses en chassant la balloune de vente de garage, nous tenant par la main en silence et nous trainant les pieds.
L'école recommence bientôt, on a donc décidé d'aller au petit centre d'achat sur Pie IX ou il y a un Bureau en Gros et un Rossy et comme on avait pas les gars qu'étaient avec leur "super-héros" de père on en a aussi profité pour faire un petit détour par le McDonald ou ma blonde m'a offert une figurine de Patrick Star et de Bob l'Éponge.
En revenant par Pie IX on est passé devant un petit sex-shop et je me suis rappelé qu'on avait peut-être besoin de piles pour la manette de la télé. J''ai demandé à ma blonde si on pouvait aller jeter un coup d'oeil, elle s'est pas laissé tordre un bras et on y est allé.
La place avait changé depuis le temps, ils ont défoncé le mur qui donnait sur la business d'à côté pour agrandir, mais je reconnaissais le local. Drôle de buzz. L'escalier menant au sous-sol était toujours là à la même place. J'ai dû m'arrêter un peu trop longtemps devant parce que la grassette blond platine à la caisse m'a dit que je pouvais y aller si je voulais visionner des films. J'ai dit "non, ça va, c'est l'escalier qui me rappelle des souvenirs."
Dans le temps c'était un headshop ici, on y vendait des t-shirts d'Harley Davidson, des drapeaux des Confédérés, des pipes, du papier à rouler et de la coupe pour la coke. Un pote m'avait mis en contact avec le proprio, un biker malade mental, et moi, j'étais installé dans la cave avec mon kit à tatouer et une vieille chaise de barbier.
C'était à l'époque d'une fameuse guerre entre deux gangs de béciks. Je n’avais rien à voir là-dedans, mais par la force des choses, sans le vouloir, je commençais à me rapprocher de la ligne de front. Je roulais ma bosse avec ma petite business de tatouage depuis des années et à cet endroit, à ce qu'on me disait, j'étais amanché pour faire de l'argent comme de l'eau.
Par contre les choses ont souvent pas l'air de ce qu'elles sont en réalité, je venais de graduer de petit revendeur faisant affaires par la bande avec des bikers à bouclier humain dans un commerce ou jamais personne n'osait entrer et ou le boss, un gros mongol enragé, venait travailler avec un 9mm dans la ceinture et un pitbull à côté de qui les frères Hilton auraient eu l'air de super bons Jacks prévisibles.
Ça m'a pris une couple de jours avant d'allumer et de paqueter mes petits et retourner tatouer tranquille dans la cuisine chez-nous.
L'escalier.
Plein de flashes de mon existence d'alors, de la débarque monumentale dans la dope qu'a suivie et qui m'a presque couté la vie et qui d'un autre côté me l'a probablement sauvé.
L'apparence des choses des fois...les grands détours qu'on se tape pour en revenir à...
Bref, la blonde du sex-shop a connu Johnny, " oui, crisse de fou ! " et elle m'apprend qu'il s'est tiré une balle dans la tête il y a quelques années.
Tough luck...
J'ai peut-être chopé un cancer du cerveau, mais je suis encore là pour profiter du soleil.
En sortant, je raconte l'histoire à ma blonde, " drôle la vie des fois, hein ? " Pour réponse, elle me sert dans ses bras. Silence, ma blonde contrairement à moi c'est pas les grands discours et la broue de toupette qui la distinguent, c'est le senti, l'affectif, son coeur. Son grand coeur comme une maison.
Et ça m'a fait pareil comme ce matin avec le petit passereau de rien qu'est là sur le garde-fou du balcon et qui me checke en se brassant la tête d'un bord et de l'autre, des fois on dirait que c'est la vie en personne qui vient me prendre dans ses bras et me serrer fort et s'assurer que je manque de rien et profite encore du soleil.
Syrie, 2012
3 commentaires:
je suis toute chavirée.
Ménon, le cancer du cerveau te guette pas ! C'est juste une migraine. Ça va mieux today ?
Le corps se régénère, même si y a des cellules de mortes à cause des conneries, les cellules commencent à mourir à la naissance alors, enlève-toi ça de la tête.
Longue et belle vie ! Et une tite rainette aussi qui te serres dans ses bras.
se régénérer
s'auto-guérir
wow
j'aime
et j'ai justement downloadé un bouquin là-dessus tantôt
je reviens du DairyQueen avec les moucs, je digère mon sundae et je m'y mets
à vue de pif
possibles citations cools devant
et bien l'bonjour par chez vous !
je tiens à mentionner le billet que Guillaume Lajeunesse a écrit au sujet d'un vieux m'sieur qui distribue des bouts de papier aux passants
billet que j'ai heureusement ramassé sur mon chemin et dont la lecture ma réjoui
clin d'oeil
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