mercredi 6 janvier 2010




En remontant à contre-courant le ruisseau de la tradition des raconteurs de menteries, des gosseurs de rêves fous et des patenteux de légendes incroyables, on finit par tomber sur un nom : Joseph-Arthur « Cinq As » Thibodeau.
Cinq As était un vieux tisserand d'origine hongro-dada-mongole qui habitait au bout d'un rang dans le comté de l'Achigan à grand manche à la limite d'un petit village qui n'existe plus aujourd'hui et qui s'appelait St-Février des Sales Boulots. Le bonhomme vivait en solitaire depuis que sa vieille Roumaine était décédée et il passait le plus clair de son temps à raconter des histoires en s'accompagnant avec une égoïne branchée dans un Marshall 100 watts. Fuzzbox, volume, gain, trebble, mid et bass grimpés à treize.
C'est une histoire qu'il m'a racontée un soir après m'avoir recueilli parce qu'à la suite d'un petit égarement éthylique j'étais venu me planter dans un arbre devant chez lui avec mon choppeur à poignées mustang.
Si je ne déraille pas trop de la faculté, ça ressemble à ça :
Quand tu débarques chez St-Pierre aux portes du paradis ©, il y a une place de l’autre bord de la rue de biais un peu dépassée dans le creux de la courbe en direction du soleil couchant qui s’appelle l'Ange Déchu. Sympathique et chaleureux petit établissement avec terrasse situé au rez-de-chaussée d'une bâtisse de trois étages à la devanture en pierres des champs avec plein de guirlandes en dreads de sensimilia qui pendent des fenêtres.  L’enseigne au-dessus de la porte, facile à reconnaitre de loin, est en chêne massif avec sculptés dedans, un crowd d’oiseaux de nuit dans un grand canot d’écorce tiré par 23 motards en Skidoos sur  un fond de ciel boréal étoilé. Devant l’entrée, sur la paillasse de bienvenue en jute que tu ne pourrais pas manquer à moins d’être aveugle tellement elle est géante c’est écrit : FINI le RUSH !
Oublie ces racontars de tunnel ésotérique de foire avec une vingt watts qui gigote au bout, ce ne sont que des histoires qu'on veut te faire croire. Quand ton heure sera venue et ça arrive comme une claque sur la gueule dans la plupart des cas, laisse-moi te dire ce qui se passera pour te préparer et attend toi à ce que ça brasse par là.
Ils vont t'amener en carriole. Une grande carriole noire avec des vitres teintées et question de bien t'ébranler et te ramollir ils vont t'en faire voir de toutes les couleurs. Attends-toi à ce que ça soit la pire à la puissance dix de toutes les balades en montagnes russes que tu n’auras jamais fait de toute ta vie. C'est voulu, on veut te renverser, te faire virer bout à bout et te faire mettre à genou (souiller ton caleçon sur ton lit de mort en comparaison c'était la partie rigolote). 
Maintenant, écoute bien, ce que je vais t'expliquer, ce sera ta seule chance de t'éviter de faire le grand saut. Écoute bien, car après, il n'y aura aucun retour possible. Foutu que tu seras. L'éternité au royaume du meilleur des mondes, en dix minutes on a eu le temps d'en faire le tour et après, c'est long, longtemps.
À votre arrivée devant les portes du paradis©, on ne vous laissera pas une seconde de répit pour reprendre votre souffle et on vous brusquera. Les brutes qui vous conduisent sont rémunérées à la tête et ne prennent jamais congé, je les comprends un peu de vouloir expédier le travail et, ça aussi, c'est voulu, c'est pour créer un climat de tension et vous casser. Règle générale, c'est à grands coups de pied dans le cul qu'on vous débarque de la carriole et en vous bousculant qu'on vous enligne sur le trottoir près des grandes portes dorées. Les récalcitrants sont rares et ceux qui se risquent, se retrouvent assez rapidement face contre terre et menottés, c'est pourquoi il est préférable de la jouer cool et de rester calme. Le moment approche ou il te faudra agir si tu veux sauver ta peau, attends.
Quand vous serez tous alignés comme des oignons échevelés, vos geôliers vous inspecteront, ils retireront de vos chevilles les entraves et rembarqueront la chaine qui vous retenait tous ensemble pour le voyage. Garde les yeux au sol et évite du mieux que tu le peux de croiser leurs regards, ils sont susceptibles et ils peuvent être violents. Leur chef viendra s'assurer que tout est dans l'ordre (le chef, c'est celui avec une tablette qui prend des notes). Quand il sera satisfait, en grognant, il tracera un grand X sur sa feuille, renverra les gardes-chiourmes et il se dirigera vers la sonnette pour l'actionner et faire venir les bouncers ailés de St-Pierre.
C'est ta seule chance et c'est à cet instant que tu devras agir. Cris, cris de toutes tes forces. Lâche un grand cri comme un damné qui n'a rien à perdre, comme si tu voulais faire exploser toutes les vitres des habitations autour ou réveiller les morts. Tu devras y mettre toute la gomme, je te jure, et il faudra que ça te vienne du cœur sinon t'es foutu et ça ne fonctionnera pas. Si ton cri produit le bon effet, le chef se retournera pour voir de quoi il en retourne et je t'avertis d'avance il n'aura pas l'air content et chance est qu'il dégainera son revolver de service. Quand tu auras attiré son attention, tu fais un pas en avant en bombant le torse et tu cris de toutes tes forces «Je suis un poète ! » et tu te mets à réciter tout ce que tu connais de poésie maudite. Et je te préviens encore une fois, tu dois le faire sans la moindre hésitation, ton sort en dépendra. Si tu te goures et t'enfarges, le connard en chef, lui, n'hésitera pas une seule seconde et j'aime autant ne pas te dire le nombre de fois qu'on en a vu se faire étendre sans pitié d'une balle dans la tête. Aller, courage et récite sans t'arrêter en gardant un œil sur la brute armée jusqu'à ce qu'il vacille, car il finira par vaciller, c'est une brute qui n'y peut rien comme toutes les brutes quand ils entendent le rap du poète. Quand il échappera sa tablette et son arme et que ses bras lui tomberont le long du corps, cours en direction du soleil couchant vers l'Ange. Cours à toutes jambes sans te retourner et sans t'arrêter. Nous serons ici à t'attendre, la porte est toujours grande ouverte. Madeleine, la tenancière t'offrira une bonne pinte mousseuse d'immunité diplomatique et tu pourras enfin t'asseoir, relaxer et nous raconter ton histoire.

6 commentaires:

Patrick Mandon a dit...

Quel blues sur ce beau texte «mousseux» ? Eh bien, je verrai peut-être un délire rauque de Tom Waits, justement : «Chocolate Jesus» ?
Bravo, Pat, votre fantaisie nous fait valser !

Gone Fishing a dit...

la poésie maudite c'est pas tout le monde qui en connait, mais j'ai entendu dire à travers les branches que même smoke on the water de deep purple à la air-guitar peut faire
faut juste que ça sonne bien senti et venant du coeur
comme si on jouait au stade devant 50000 groupies
avec les dents les cheveux et la pose
on m'a même raconté qu'une fois quelquun sen était sorti en se faisant un solo de drum sur la bedaine
je pense qu'on peut être créatif, il y a un petit jeu là, une ouverture, une fenêtre d,opportunité
le mot clef c'est coeur
je crois
juste comme ça je dis

VD a dit...

Alors il faut garder son obole pour rincer le comptoir..Mais Chiron le chopper il va mal le prendre ?

Pat Caza a dit...

Chiron...sweet

parait qu'on peut passer aussi avec Yogi Gonzo, Ruelle's Angel et Conehead ravi

je dis de même
pour le bien de votre information

Bison Relaxe a dit...

turluter sur du hiphop aussi qu'on vient de m'apprendre à l'instant
I'll be damned !

Pat Caza a dit...

V, vous pouvez profiter de votre obole pendant que êtes sur terre pour vous payer un max de bon temps
vous en aurez pas besoin
Madeleine elle accepte que du nature