samedi 18 janvier 2014

Des vieux au soleil couchant, ceux de l’immeuble d’en face, qui se chauffent le dos dans leur fauteuil. J’ai observé un moment avant de rugir soudain : “Non, pas moi, je ne veux pas, pas moi !” Et ces housses blanches sur les fauteuils sont comme le début de la fin, un entraînement au linceul. Fuck you ! Café, marijuana, haschisch, alcool, cocaïne, héroïne, tout ce que vous voulez, mais connaître le dernier sursaut au bout d’une corde, le contorsionnement forcené. Ou bien s’affaisser comme un sac de viande, se liquéfier, s’effondrer, pourrir… mais ne pas être normal, aussi tranquille que ça, à trottiner vers la mort.

Fuck you ! Baiser, tromper, tirer sur les passants, torturer ses victimes, piller les palais, parcourir la vie le sang en feu et le sexe gorgé de sang. Frénétiquement ! Et violer les femmes fières.

Assurance-retraite ?… Allons donc. Taquiner le goujon dans une rivière de l’Oklahoma, siroter une canette en épongeant son crâne lisse, renifler sa vieille moitié, son vieux con.

Non, pitié ! Plutôt rester un loup solitaire qui aperçoit distinctement devant lui la chaise électrique caoutchoutée et rejoint pourtant les copains, leur lançant ce cri rauque : “Massacrez-les !  Puisque c’est ça, la vie ! Massacrez-les tous ! Qui n’est pas avec nous est contre nous !”

Edouard Limonov - Journal d’un raté

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