mercredi 30 avril 2014

Je suis arrivé sans avoir eu le temps de me retourner au bout si proche de ma longue vie
Comme au bout d'une phrase inconsidérément prononcée
C'était hier l'enfance et je n'ai pas eu plus tôt mis les gants de velours de mon printemps
Que déjà me voilà cette loque édentée incapable à présent d'escalader les montagnes
De fendre de mon ventre fléché l'espace marin qui se prostituait à moi pour aucun autre argent que celui de ses vagues
De faire gémir sous moi la beauté
Je suis arrivé sans même le remarquer à cette extrémité de moi-même
À ce point d'où tu ne peux que regarder en arrière parce qu'il n'y a plus rien devant toi
Et qu'y vois-tu bavard qui vraiment te réjouisse
Il faut reconnaître que ce n'était que cela que cela rien d'autre et tu ne pourras rien y changer
Corriger recommencer raturer refaire travailler comme une prose
Rien Tout ce que tu fus sera tu ne peux plus rien rattraper
La barque est larguée et du reste
Cela fait belle lurette qu'elle se balade hors de ton pouvoir
Tu regardes ton passé de cet air désespéré que je t'ai toujours connu devant les miroirs
Tu ne peux plus rien pour lui tout est irréversible
Et tu n'auras au bout du compte dit que cela
Que cela que cela répète-le car il n'est pas pour ton ombre prochaine
De pire glas que cela pauvre homme que cela
Te voilà sur le môle de ton langage
Phare à jamais éteint dans un ciel sans étoiles
Et rien à ses pieds que le ressac monotone du temps
Te voilà qui comptes les quatre sous de ce que tu te trouveras finalement avoir dit
Et l'abominable de la misère n'est point la faim présente
Mais que ce ne fût que cette misère et la place pour toujours de ce dénuement
Comme une maison où le ménage n'est point fait
Ce sont donc là tous ces miracles dont il me semblait mener grand bruit
Cet assourdissement de mon sillage et ce claquement d'ailes
Des mouettes à l'oreille avec à main gauche pour mieux m'accompagner
Le plongeon sonore des dauphins Ah tu peux rire
Regarde combien tout cela semble chauve
Ta poésie ah tu peux rire à perte de vue
Rire et sangloter dans la grande chambre nue et froide
Où personne que toi-même ne t'entend
Eh bien parlons-en de ta poésie

Louis Dancing
La Chambre de Don Quichotte (extrait)

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