Comme le souligne Ian Dowbiggin, les origines des mouvements en faveur de l'euthanasie aux États-Unis et en Europe sont antérieures au Troisième Reich et étroitement liées à l'histoire de l'eugénisme et du darwinisme social. Dès la fin du xixe siècle, les théories développées par Charles Darwin sont interprétées pour justifier l'application à l'homme du principe de la survie du plus fort.
Le zoologiste Ernst Haeckel est le premier à appliquer aux êtres humains l'expression de lutte pour la vie ; en 1895, le juriste allemand Adolf Jost, dans son ouvrage Le droit à la mort demande que les malades mentaux soient tués ; toujours en Allemagne, Alfred Ploetz, fondateur en 1905 de la Société pour l'hygiène de la race, s'appuie sur la pensée de Friedrich Nietzsche, pour justifier l'assassinat des nouveau-nés chétifs et malformés. De telles idées se développent également en Grande-Bretagne. En France, Alexis Carrel, dans son ouvrage L'Homme, cet inconnu, publié en 1935, plaide ouvertement pour l'eugénisme, l'élimination d'êtres considérés comme indésirables.
En 1920, l'ouvrage Die Freigabe der Vernichtung lebensunwerten Lebens (L'autorisation de l'annihilation de la vie dénuée de valeur) de Karl Binding et Alfred Hoche propage en Allemagne les concepts de « semi-humains », « esprits morts », « avariés » et « existences superflues ». Les deux auteurs, respectivement juriste et psychiatre, réclament « l'élimination des malades incurables et des fous à la demande de leurs parents ou d'une commission composée de deux médecins et de deux juristes qui auraient examiné en profondeur le dossier de la personne concernée. Parmi les raisons évoquées — et par la suite reprises par les nazis — figurait la nécessité d'éviter de dépenser un argent qui pourrait servir autrement à des fins « productives » ». Lors de la publication de l'ouvrage, l'écrasante majorité des médecins allemands rejettent l'euthanasie, mais l'idée de mettre à mort des malades se propage dans l'opinion : en 1922, une revue de droit pénal publie un projet de loi sur la suppression des malades mentaux, et en 1925, une enquête menée auprès de théologiens fait apparaître que certains d'entre eux estiment inutile d'aider médicalement les enfants attardés. En Autriche, lors de la fondation de l'Association viennoise pour l'hygiène raciale en 1924, son président déclare que « c'est seulement si nous favorisons le fort, celui qui est apte à la vie, et si nous anéantissons celui qui est inapte à la vie, comme l'exige la Nature, que nous encouragerons cette hygiène utile à la collectivité ». « L'érection de la dictature, à partir de 1933, avait autorisé le corps des médecins et des psychiatres à penser l'impensable. Des points de vue minoritaires, contraints même dans une démocratie qui battait de l'aile, purent alors devenir l'idéologie dominante ». Le mouvement eugéniste, avec son idéologie bio-médicale, avait une grande influence en Amérique et en Europe avant l'arrivée des nazis au pouvoir ; il a trouvé à ce moment en Allemagne des conditions favorables à la mise en œuvre de ses propositions les plus radicales

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