samedi 15 février 2020

Je cherchais un livre. Lequel importe peu, je vous en reparlerai en temps et lieu. Une petite recherche que je fais à propos de quelque chose. C'fucking livre je l'ai trouvé ce matin à moins deux cent Celsius sous zéro au risque d'en choper la coqueluche, la scarlatine ou le virus d'Agakuk, je l'ai trouvé à l'Échange sur la rue Mont-Royal. Vieux pote libraire me l'a remis ayant l'air de dire "tiens, fatiguant, avec tes vieilles patentes" et tout heureux j'suis passé à la caisse en morvant le payer avec une super vieille édition d’Asphyxiante Culture toute surlignée en sauvage dedans de Dubuffet. Sept piasses pour les deux, fuck yeah!
En rentrant chez nous en métro, j'me suis dit "checkons ça" et j'ai sorti ce fameux livre en question. Vieux livre jaunasse, je fais attention en l'ouvrant et entre ses pages il y a un petit carton, une carte. Et ça parle au diable, regardez moi ça ce que j'ai dégoté là-dedans. Un petit bout d'histoire à nous.

La Librairie Tranquille est le commerce du libraire Henri Tranquille, initialement situé au 67, rue Sainte-Catherine Ouest, à Montréal. Elle est inaugurée le 8 mai 1948.

Cette librairie a joué un rôle important en recevant diverses manifestations artistiques et culturelles montréalaises. Son activité première est la vente de livres neufs et usagés, de revues ainsi que de manuels scolaires. Dans ses rayons, la littérature française et québécoise plus nichée côtoie les romans grand public. Alors que le clergé surveille attentivement la diffusion des œuvres jugées contraires à sa morale, la Librairie Tranquille offre des livres mis à l'Index. Sa réaction à une lettre reçue en mai 1949 de Monseigneur Albert Valois, du comité diocésain de l'Action catholique, est parlante. Ce dernier lui demande de retirer de ses tablettes les ouvrages d'Émile Zola, dont certains romans sont à l'Index. Après réception de la lettre et dans un esprit d'irrévérence, la vitrine de la librairie est réorganisée pour mettre en valeur les ouvrages de l'auteur en question.

Cette attitude est attribuable à la personnalité du propriétaire Henri Tranquille, très attaché au principe de liberté d'expression. Il désire offrir un lieu propice à la formulation et à la diffusion d'idées variées, et ce, à l'abri de la censure, et surtout celle du clergé catholique. C'est notamment dans cet établissement que se déroule le lancement du très controversé recueil Refus global, le manifeste du groupe des automatistes. Elle est le principal point de vente où l'on peut se procurer des copies de la première édition. Le choix du lieu pour le lancement est l'initiative de l'un des signataires, Jean-Paul Mousseau, qui y travaille un certain temps pour réaliser des vitrines et comme garçon libraire. 


On y célèbre également, en 1950, le centenaire du décès d'Honoré de Balzac. Cet évènement, aussi connu comme l'affaire Balzac est condamnée par le même Monseigneur Valois. La Librairie Tranquille est donc un lieu important de l'affirmation culturelle laïque à Montréal.

Des auteurs moins controversés passent par la librairie sur invitation du propriétaire. Entre autres, Roger Lemelin y signe des copies lors de la parution de Les Plouffe. Jean-Jules Richard en fait de même pour son recueil Ville rouge. La librairie fait preuve d'audace en offrant et en faisant la promotion, avant leur notoriété, d'ouvrages promis au succès, notamment L'avalée des avalés de Réjean Ducharme.

La Librairie Tranquille est aussi un lieu d'exposition de sculptures et de tableaux d'artistes émergents. Pour l'inauguration, une exposition collective du groupe d'artistes Prisme d'Yeux, qui gravite autour d'Alfred Pellan, orne les murs de la librairie. Par la suite, et sans interruption jusqu'en 1958, des expositions se succèdent chaque mois dans la librairie. Parmi les artistes exposés figurent le sculpteur Robert Roussil ainsi que les peintres Marcelle Ferron, Rita Letendre, Ulysse Comtois et bien d'autres. La Librairie Tranquille est un lieu phare pour l'avant-garde artistique et littéraire québécoise.




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