Longtemps encore, il resta plongé dans ses pénibles méditations. Il sentait croître, maintenant, autour de lui, une solitude bizarre, comme si les hommes tourmentés avaient soudain déserté le monde. Où étaient donc les lamentations sans fin des femmes et les longs cris des enfants jouant dans la venelle ? On eût dit que le froid avait banni toute manifestation des êtres, et qu’il les avait refoulés et cernés au fond de leurs tanières. Le vieux Kawa regarda vers son compagnon d’infortune. Chéhata, le menuisier, abandonnant son travail, fixait le sol avec une obstination stupide d’aveugle. Il semblait pétrifié depuis des siècles. A quoi pensait-il ? Un jour, peut-être, on le saura. Il faudra bien qu’il dise un jour tout l’inconnu de sa souffrance. On ne pourra plus jamais le faire taire. Il criera si fort sa grande faim que personne, après, ne pourra plus dormir
La Maison de la mort certaine
Albert Cossery

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