18 mars 1969, sud de l’océan Atlantique.
Bernard Moitessier est en mer depuis sept mois. Parti de Plymouth en Angleterre, le marin a franchi les trois caps légendaires de Bonne-Espérance, Leeuwin et Horn. Il est sur le point de gagner la toute première course de vitesse en solitaire autour du monde, sans escale et sans assistance extérieure, organisée par le Sunday Times. Mais après des jours de conflits intérieurs sur le cap à tracer, il expédie depuis son voilier, à l’aide d’un lance-pierre, ce message sur la passerelle d’un pétrolier : « Je continue sans escale vers les îles du Pacifique parce que je suis heureux en mer, et peut-être aussi pour sauver mon âme. » Le navigateur a choisi de ne pas rentrer, de ne pas remporter cette course, mais de poursuivre jusqu’au Pacifique, jusqu’à Papeete. Il dira, pour expliquer son acte : « J’avais envie d’aller là où les choses sont simples. » La lecture de son récit La Longue Route permet de mieux appréhender son choix. Il esquisse une ligne de fuite, qui file d’une critique acerbe de la société de consommation et des saccages que les hommes infligent à la Terre, jusqu’à l’horizon.
« Et jusqu’au Horn, ne pas regarder autre chose que mon bateau […]. Et oublier totalement la Terre, ses villes impitoyables, ses foules sans regard et sa soif d’un rythme d’existence dénué de sens. Là-bas… si un marchand pouvait éteindre les étoiles pour que ses panneaux publicitaires se voient mieux dans la nuit, peut-être le ferait-il !
Oublier tout ça. Ne vivre qu’avec la mer et mon bateau, pour la mer et pour mon bateau. »
Corinne Morel-Darleux Plutôt couler en beauté que flotter sans grâce
Bernard Moitessier La Longue Route
Aucun commentaire:
Publier un commentaire